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Qui est derrière les autodafés du Coran et des livres saints en Suède

Après la Suède, le Danemark. Lundi 24 juillet, un exemplaire du Coran a été brûlé à Copenhague, devant l’ambassade d’Irak. L’Irak où plusieurs manifestations ont eu lieu cette semaine et à Bagdad, l’ambassade de Suède a même été incendiée et l’ambassadrice renvoyée. D’autres pays musulmans ont dénoncé cet autodafé avec plus ou moins de vigueur, mais sans que cela ait aucun effet. Au contraire : la police suédoise a reçu de nouvelles demandes d’autorisation de manifester en vue de brûler des Corans mais aussi des Torahs et Bibles pour les prochaines semaines.

De notre correspondante à Stockholm,

Cette fièvre semble ainsi ne pas retomber parce que visiblement, brûler un Coran est une manière de médiatiser des mini-rassemblements qui autrement passeraient tout à fait inaperçus. En revanche, si on brûle un livre sacré, on le voit bien, cela suscite un effet démesuré sur la scène internationale, alors qu’ici, c’est évident, on est face à des personnes qui agissent seules, en leur nom, sans soutien.

Ceux qui font le déplacement sont peut-être une dizaine, essentiellement des blogueurs qui filment la scène en direct, et une poignée de gens très religieux, des musulmans et des chrétiens qui sont là pour huer la personne qui a choisi de brûler un Coran pour faire passer un message. 

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Qui sont ces personnes et quel est leur message ? 

Le premier à avoir testé la législation suédoise sur les autodafés, puisqu'il en a réalisés plusieurs l’an dernier avant les élections, est un militant d'extrême droite danois, Rasmus Paludan, anti-immigration, islamophobe et adepte des thèses du grand remplacement. 

En novembre, il a relancé la polémique en brûlant un Coran devant l’ambassade turque : il est opposé à l’adhésion de la Suède à l’Otan et a donc, à juste titre, estimé que ce serait un bon moyen d’énerver le président Erdogan et donc de ralentir le processus.

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Depuis, Salwan Momika a repris le flambeau, devant la mosquée le mois dernier, puis devant l’ambassade d’Irak la semaine dernière. Lui est un Irakien de confession chrétienne qui se dit athée aujourd’hui. Il n’a qu’un permis de résidence temporaire en Suède qui expire l’an prochain. Il a fait partie d’une milice soutenue par l’Iran, qui luttait contre l’État Islamique en Irak. Son passé est assez flou, sujet à controverses, en tout cas : il apparaît comme un provocateur, voire un opportuniste qui agit à des fins de médiatisation personnelle. 

De nouvelles demandes d'autorisations ont été déposées pour les prochaines semaines : il s’agit soit de musulmans qui disent vouloir brûler la Torah et la Bible en guise de vengeance -mais la dernière fois que cela s'est produit, le jeune homme ne l’a pas fait et est juste venu pour dire que « c’est immoral de s’en prendre aux textes sacrés, et que ce n’est pas parce que c’est légal, qu’il faut le faire »- ; il y a aussi un Iranien qui a prévu de brûler un Coran et une effigie de l’ayatollah Khamenei pour, a-t-il justifié, protester contre la façon dont la République islamique d’Iran traite sa population.

Le blasphème n’est pas un crime

Dans l’ensemble, les Suédois pensent que cette situation de tensions et de colère qui vise leur pays est regrettable, que la Suède est un pays très laïc et très tolérant, où vivent des centaines de milliers de musulmans, dont beaucoup ont fui la répression ou des persécutions politiques dans ces mêmes États qui aujourd’hui accusent le gouvernement suédois de soutenir ces autodafés.

Alors que, de fait, l’exécutif ne peut rien interdire puisque, en Suède, la séparation des pouvoirs est très respectée : la justice juge les crimes. Et le blasphème n’en est pas un en Suède et beaucoup pensent que c’est important pour la démocratie qu’il en soit ainsi.

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