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«Les restrictions sur les céréales ukrainiennes en Europe doivent être levées», plaide Kiev

Peu après la fin de l’accord céréalier entre l’Ukraine et la Russie, Kiev a dénoncé le bombardement de ses ports dans la région d’Odessa. Le gouvernement de Volodymyr Zelensky en appelle à l’ONU pour permettre en reprise des exportations via la mer Noire. Taras Vysotskyi, vice-ministre ukrainien de l’agriculture répond en exclusivité aux questions de RFI.

Alors que l’Ukraine demande des patrouilles militaires en mer Noire, sous mandat de l'ONU, pour permettre la reprise des exportations de céréales, le vice-ministre ukrainien de la Politique agraire et de l'Alimentation Taras Vysotskyi, a accordé mercredi 19 juillet une interview à RFI. Il reconnaît qu’il sera difficile que de telles patrouilles puissent voir le jour, mais après la fin de l’accord sur les céréales, que la Russie n'a pas renouvelé lundi 17 juillet, il en va de la sécurité alimentaire mondiale, assure-t-il. Taras Vysotskyi appelle aussi l'Union européenne (UE) à lever les restrictions imposées depuis juin aux céréales ukrainiennes en Pologne, Hongrie, Bulgarie, Slovaquie et Roumanie.

RFI : En réaction à la sortie de la Russie de l’accord sur l’exportation des céréales, l’Ukraine propose des patrouilles internationales en mer Noire sous mandat de l’ONU. Croyez-vous que cette initiative puisse permettre la reprise des exportations de vos céréales ?

Taras Vysotskyi : Tout d'abord, il faut comprendre qu'il est essentiel, crucial pour la sécurité internationale, que les exportations de céréales ukrainiennes se poursuivent, que ce grain soit livré. Et nous pensons qu'avec un soutien international total, il est possible de continuer [les exportations par la mer].

Ce mercredi, la Russie a assuré que tous les bateaux approchant Ukraine seront considérés comme des navires militaires et comme parties prenantes au conflit. Cela ne rend-il pas ces patrouilles très difficiles à mettre en œuvre ?

Bien sûr, ce ne sera pas facile. Car nous constatons en Ukraine que la Russie peut viser des civils. Il est donc possible qu'elle attaque aussi des cargos. C'est pourquoi nous avons besoin de tous les moyens de protection possibles, aussi bien aériens qu'en mer, pour assurer la sécurité de ces bateaux civils. Il est crucial pour nous et pour la sécurité alimentaire mondiale que les céréales ukrainiennes continuent d'être exportées. C'est une question de stabilisation des prix internationaux et de sécurité alimentaire, en particulier pour certains pays africains et d'Asie du Sud-Est. 

Combien de tonnes de céréales se trouvent aujourd’hui dans les ports ukrainiens, en attente ?

Deux millions de tonnes.

Dans la nuit de mardi à mercredi, des silos situés sur le port d’Odessa ont été visés par des bombardements, 60 000 tonnes de céréales auraient été détruites. Vous attendiez-vous à ce que le port devienne immédiatement une cible militaire après la non-reconduction de l’accord ?

Tout le territoire de l'Ukraine, y compris les infrastructures et les ports, sont des cibles militaires depuis plus d’un an. Et même après la mise en place de l’accord sur les céréales [en juillet 2022, NDLR], nos ports ont été pris pour cible. Ce n'est donc pas quelque chose d’inhabituel.

Mercredi, cinq de vos voisins ont appelé l'Union européenne à prolonger au-delà du 15 septembre les restrictions d'importations de céréales ukrainiennes dans leurs pays, pour protéger leurs agriculteurs. Comprenez-vous leur position ?

Les principaux acheteurs des céréales ukrainiennes ne sont pas ces cinq pays [Pologne, Hongrie, Bulgarie, Slovaquie et Roumanie, NDLR]. Nous vendons aux pays européens méditerranéens, mais aussi aux Pays-Bas, à l'Allemagne, ou encore aux pays d'Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord, de l'Afrique centrale... Mais nous avons besoin du soutien de nos pays voisins pour assurer un transit libre, rapide et efficace de nos céréales. Nous avons un accord de libre-échange avec l'Union européenne : Le fait que des exceptions comme celles-ci soient mises en place n’est pas normal. Ces restrictions doivent être levées. Nous avons simplement besoin des infrastructures des pays de l'Union européenne pour faire transiter nos marchandises.

Vous attendez-vous, cette année encore, à une baisse significative des récoltes de céréales en Ukraine en raison de la guerre ?

Selon nos premières estimations, les récoltes annuelles seront en baisse de près de 10 % par rapport à l'année dernière. Nous prévoyons donc une récolte d'environ 50 millions de tonnes de céréales cette année.

Quelles sont les céréales les plus touchées par cette baisse des récoltes ?

La baisse la plus importante est celle du maïs (jusqu'à -15 %), mais il y a aussi une baisse du blé et de l'orge. Avant la guerre, nous produisions de l’ordre de 85 millions de tonnes de céréales par an [106 millions de tonnes en 2021, ce qui était un record, NDLR]. La baisse estimée pour cette année est de 40 % par rapport à l’avant-guerre.  

Quelle quantité de céréales comptez-vous exporter cette année ?

Si on regarde ce qui est disponible en ce moment pour l’exportation, cela pourrait aller jusqu'à 35 ou 40 millions de tonnes. Soit une baisse de 15 à 20 % par rapport à 2022.

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