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Le Rwanda, pilier sécuritaire de la Centrafrique mais potentiel facteur de risque

L’International Crisis Group (ICG) a publié vendredi 7 juillet un rapport sur l'influence grandissante du Rwanda en République centrafricaine. Depuis une décennie, Kigali joue un rôle sécuritaire prépondérant dans le pays, mais a aussi développé des intérêts économiques, le tout dans une certaine opacité qui nourrit les incompréhensions et les réticences d'une partie de la population. Les auteurs estiment que ce manque de transparence pourrait être un facteur de risque.

En 2013, lorsque la Centrafrique (RCA) sombre dans le chaos, le Rwanda fait partie des premiers contributeurs à la force Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), sous l’égide de l’Union africaine.

Par la suite, la présence rwandaise va se renforcer : Kigali est aujourd'hui le premier fournisseur en casques bleus pour la mission onusienne de la Minusca, avec 2 100 hommes. À ceux-ci s'ajoutent 1 200 autres déployés après des accords bilatéraux.

La Centrafrique est devenue pour Paul Kagame un « laboratoire » de sa diplomatie militaire africaine, estime le rapport de l’ICG. Le président rwandais réplique ce modèle au Mozambique, en attendant un prochain déploiement au Bénin.

Les forces rwandaises ont joué un rôle primordial pour repousser les rebelles en janvier 2021 et leur apport sécuritaire est indéniable, mais l'opacité qui entoure la relation entre les deux États pourrait être préjudiciable, selon les auteurs.

Importante présence aux contours opaques

Kigali encourage les importations, l'implantation d'hommes d'affaires et l’allée d'une main d'œuvre privée en RCA. Le tout sous la protection des militaires rwandais qui y sont déployés. Dans la capitale centrafricaine, on le voit aux bars, restaurants, hôtels qu'ils ont repris.

Mais leur présence va plus loin, car le Rwanda a développé, dans la plus grande discrétion, une présence économique dans le commerce, l'agriculture et les mines. Neuf permis du secteur minier ont été octroyés à deux compagnies, et des terres cédées pour des projets agricoles, notamment dans la Lobaye et l'Ombella-M'Poko - des provinces proches de la capitale où sont stationnés des militaires rwandais.

Une association de la diaspora a ainsi été créée et compte plus de 200 membres, selon le rapport.

Cette double présence pourrait à terme devenir un risque, estime International Crisis Group, si elle aboutit à des conflits avec les populations et crée des réticences parmi les Centrafricains et les opérateurs économiques : ils dénoncent des accaparements de terres et de richesses, ainsi qu'une « compétition injuste » avec les nouveaux arrivants.

Les spécialistes à l’origine du rapport préconisent la transparence sur le contenu des accords signés entre Bangui et Kigali.

Risque d’un conflit entre les Rwandais et les mercenaires de Wagner

Autre risque selon les auteurs : celui d'un conflit avec les mercenaires russes de Wagner, pour le contrôle de certaines ressources. Jusque-là, c'est une « coexistence sans dialogue ni confrontation », explique un officier rwandais aux auteurs.

Mais les Rwandais ont déjà fait l'objet d'attaques informationnelles en Centrafrique.

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra doit donc maintenir l'équilibre entre ses deux alliés : le Rwanda comme la Russie se sont engagés à sécuriser le référendum constitutionnel du 30 juillet prochain.

« La présence des Rwandais est très bien perçue par les Centrafricains quand il s'agit des militaires »

Selon Enrica Picco, la directrice Afrique centrale d’ICG, Paul Kagame applique en Centrafrique son slogan « des solutions africaines pour les problèmes africains », en profitant au passage pour développer les activités économiques rwandaises dans le pays.

«La présence des Rwandais est très bien perçue par les Centrafricains quand il s'agit des militaires», explique Enrica Picco, la directrice Afrique centrale d’ICG.

François Mazet