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Le Cambodge vote à des législatives sans l’opposition, écartée d’office

Alors que le Cambodge se rend aux urnes pour des élections législatives dimanche 23 juillet, le scrutin laisse peu de place au suspense dans le pays d’Asie du Sud-Est. Après des années de répressions des voix d’opposition, le parti de Hun Sen, le Premier ministre au pouvoir depuis 38 ans, est déjà sûr de sa victoire. Les précédentes législatives, en 2018, s’étaient déjà tenues en l’absence du principal parti d’opposition, et tout indique que ce sera pareil cette fois-ci.

Texte par : Juliette Buchez

De notre correspondante à Phnom Penh,

Lors des élections législatives de 2018, le principal parti d’opposition avait déjà été écarté du scrutin et tout indique, ce ne sera pas différent cette fois-ci : une fois de plus, le principal parti d’opposition est absent du scrutin législatif.

Pour rappel, en 2017, la Cour suprême a dissous le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC), accusé de complot. Huit mois plus tard, le parti d’Hun Sen remportait la totalité des 125 sièges de l’Assemblée nationale.

Les municipales de 2022 ont vu le retour d’un parti d’opposition crédible, avec le parti de la Bougie qui avait emporté 22% des voix. Mais il a été disqualifié du scrutin législatif par la Commission électorale, sur la base de technicités administratives.

Opposants interdits de futurs scrutins après des appels au boycott

De nombreux membres de l’opposition ont par ailleurs été la cible de procès et condamnations pour diffamation ou incitation à semer le trouble. Plus récemment s’y sont ajoutées les arrestations pour incitation au boycott de l’élection. Car la loi électorale a été amendée à quelques semaines du scrutin, visant notamment à exclure des élections l’opposition en exil. Cela en dépit des cris d’alarme d’organisations de défense des droits de l’homme.

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Malgré la participation de 18 partis dans cette élection, aucun ne peut rivaliser avec le Parti du peuple cambodgien (PPC) d’Hun Sen. La plupart d’entre eux n’ont d’ailleurs de vraie existence qu’à l’occasion des scrutins, les autres n’ont pas la force de frappe nécessaire : lors des municipales de l’an dernier, seul le parti de la Bougie et le parti d’Hun Sen avaient obtenu des postes de chef de communeQuant aux législatives de 2018, ce sont les bulletins nuls qui étaient arrivés à la deuxième place dans les urnes, derrière le parti au pouvoir.

Campagne en grande pompe

Sans adversaire notable, Hun Sen a pourtant fait campagne en grande pompe. Car malgré tout, le parti au pouvoir a tout intérêt à conserver les apparences d’un scrutin pluraliste et démocratique. En amont d’une élection qui lui est acquise, sa campagne qui prend la forme de défilés de milliers de personnes à travers le pays, a pourtant plus des allures de démonstration de force.

En revanche, on notera qu’Hun Manet, fils aîné du Premier ministre, est aussi en campagne, sa première pour un mandat de député. C’est peut-être un détail, mais le jour de l’ouverture de la campagne, Hun Sen au moment de finir son discours, transmet le drapeau du parti à son fils. Et c’est bien lui qui ouvre le cortège.

Il n’y a pas eu d’annonce concrète, mais on peut dire que les indices se multiplient indiquant une passation du pouvoir au sein du parti, à défaut d’une transition politique. La vieille garde au pouvoir depuis presque quatre décennies ne se cache pas de vouloir instaurer une transition héréditaire, qu’elle présente comme le meilleur moyen de garantir la stabilité du pays.

Quasi certain d’être élu comme député, Hun Manet pourrait techniquement être nommé Premier ministre dans ce mandat. Le parti l’a déjà désigné comme futur candidat à la suite de son père mais sans annoncer une échéance particulière. Si le résultat de l’élection fait peu de doute, il faudra donc suivre de près la formation du gouvernement à venir.

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