Niger
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La communauté Pemba officiellement reconnue comme membre de la nation kényane

C’est la fin de décennies de harcèlement et de marginalisation pour cette communauté estimée à 7 000 personnes, qui vit essentiellement le long de la côte kényane et s’est retrouvée sans nationalité lors de l’indépendance du Kenya.

Avec notre correspondante à Nairobi, Florence Morice

Le président Ruto l’avait annoncé en décembre dernier. C'est chose faite : au Kenya, la communauté Pemba n'est plus apatride. Et la semaine dernière, les premiers actes de naissance et cartes d’identité ont été délivrés.

Les terres où vivent une majorité de Pemba ont longtemps été dirigées par les sultanats d’Oman et de l’île de Zanzibar. En 1963, quelques mois avant l’indépendance du Kenya, les autorités de Zanzibar cèdent leur souveraineté sur ces territoires. Mais la nouvelle nation kényane refuse aux Pemba le droit de s’enregistrer en tant que citoyen « parce qu'ils n'étaient pas listés comme communauté indigène du Kenya, explique Bénédicte Voos, experte sur les questions d’apatridie pour le haut-commissariat aux réfugiés. Donc il a fallu un certain temps pour reconnaître que ce groupe ethnique, quand bien même minoritaire et de part et d'autres de la frontière [avec la Tanzanie, NDLR], faisait partie de l'héritage des différents groupes autochtones kényans. »

Sans documents d’identités, ces populations ont été privées de tous leurs droits de santé, d'éducation, d'entrepreneuriat, de propriété… et même le droit de circuler. Robert Waweru, spécialiste des apatrides au sein de la commission kényane des droits de l’homme, rappelle : « Autrefois, on pouvait voyager sans forcément avoir de papiers d’identité ou entrer dans les bâtiments sans être contrôlés. Mais avec les problèmes de terrorisme, tout est devenu plus strict. Ou que tu ailles, on te demande ta pièce d’identité donc c’était vraiment devenu très, très difficile pour eux. »

Au point qu'au fil des ans, un véritable marché noir de faux papiers s’était développé pour permettre aux Pemba d’évoluer tant bien que mal dans la société.

Témoignage

Barke Hamisi Hamadi a 30 ans, elle est de la communauté Pemba, et travaille aussi comme assistante juridique. Mais elle a dû recourir à ce qu'elle appelle « un raccourci » pour pouvoir avoir des papiers, ou plus exactement de faux papiers. Elle milite depuis de longues années pour la reconnaissance de sa communauté et accueille la nouvelle avec joie et soulagement pour elle et ses proches.

C'est une étape vraiment importante ! Nous avons l'impression de pouvoir commencer à vivre… et que de nouvelles portes s'ouvrent à nous, avec plein d’opportunités. Moi, j'ai réussi à obtenir une pièce d’identité à l’âge de 19 ans, mais j'ai dû trouver des gens qui avaient des papiers et qui ont accepté de se faire passer pour mes parents. Ils ont prétendu que j’étais leur fille. Je suis pemba mais j’ai du dire que j’étais de l’ehtnie luhya. C'est comme ça que j'ai fait. C’était une question de survie pour moi car je voulais vraiment aller à l'école. Or comment s’inscrire à l’école et comment travailler sans pièce d’identité? Donc j’ai pu obtenir une carte d'identité nationale. Donc j’ai pu décrocher une diplôme de licence. Mais je n'ai pas pu aller au-delà, parce qu'à chaque fois que j'ai postulé pour une bourse, on a fini par me dire : "Mais êtes-vous kényane ? Vous êtes une Pemba…!" Car j’ai beau avoir des papiers d’identité kényans, les gens savent que cette fille-là, c’est une Pemba.

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