Niger
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

En France, une ONG classe les députés selon leurs votes en matière d'écologie

Quels sont les députés français les plus favorables aux propositions de loi pour protéger notre environnement ? Pour répondre à cette question, l'association Agir pour l'Environnement a lancé un site internet pour les comparer. Mais au-delà du classement, contesté par les députés les plus malmenés, l'initiative dévoile la difficulté de connaître les positions quotidiennes des députés à l'Assemblée nationale.

577 députés français, un trombinoscope trié avec trois couleurs : vert, orange, rouge. Le principe est simple, le site épuré et le message clair. Parlementerre classe les députés en faveur de leurs positionnements sur 17 votes différents. Le député a voté contre l'interdiction d’épandage des produits phytosanitaires à proximité des habitations ? Moins un point. Il n'a pas participé au vote sur l'indemnisation des victimes de l’utilisation de produits phytosanitaires ? 0 points. Il a voté pour l'instauration d'une taxe sur les engrais azotés ? Plus un point. La note maximale théorique est donc de 17 points, la minimale, -17, bien qu'aucun député n'atteigne ni l'une, ni l'autre

Éclairer l'activité parlementaire

La méthodologie n'a pas été simple à mettre en place, notamment au niveau de la sélection des lois pour établir ce classement, explique Mathias Chaplain, coordinateur des campagnes d'Agir pour l'Environnement, l'association à l'origine de l'initiative. « On a évité de prendre des propositions de loi du groupe socialiste ou de la France insoumise, car elles auraient été rejetées en bloc par l'opposition, faussant ainsi les résultats. On a donc retenu que des projets de loi proposés par le gouvernement et des amendements d'autres partis. »

Des amendements de différents partis, de droite comme de gauche, ont donc aussi été pris en compte, pour tendre vers une certaine représentativité des travaux parlementaires. On y retrouve ainsi l'amendement proposé par La France Insoumise (LFI) d'interdire les vols intérieurs en cas d’alternative ferroviaire de moins de 4h, ou encore l'interdiction d'importer des denrées produites en utilisant des substances interdites dans l'Union européenne, portée par le groupe Les Républicains. Sur 17 votes, 9 portent sur des mesures portées par la gauche au sens large (de LFI au PS), 3 sur celles de la droite républicaine et 5 sur celles de la majorité présidentielle. 

Une autre difficulté mise en avant par l'association, c'est la relative opacité des positionnements quotidiens des députés. Difficile pour un citoyen français de savoir qui vote pour quoi en dehors des votes solennels. Un député ne vote pas que pour entériner une loi : il vote aussi pour appuyer ou rejeter des amendements, ainsi que dans les commissions chargées de produire des propositions de lois.

Or, il est souvent impossible de savoir si tel député a appuyé ou rejeté tel amendement, car les positions de votes ne sont pas connues, sauf en cas de scrutin dit public. C'est un des regrets de l'association, qui n'a donc pas pu être aussi précise qu'espérée. Un reproche de partialité porté par de nombreux députés épinglés par l'initiative, comme Jean-Luc Fugit, député du Rhône, classé au plus bas du classement. Il dénonce dans un communiqué une intervention « partiale dans une campagne électorale » à quelques jours des législatives, et affirme que « le vrai bilan écologique du quinquennat ne se situe pas dans quelques amendements, mais dans les décisions et les grandes lois écologiques du quinquennat ».

Mathias Chaplain défend l'association de toute partialité : « On n'a pas sélectionné des amendements pour arriver à un résultat qu'on avait prédéterminé. On a eu beaucoup de mal à trouver ces 17 votes, que l'on a ensuite rentrés dans un logiciel. On ne savait pas qui allait être premier, dernier, et on a eu quelques surprises, notamment monsieur Fugit, président du Conseil national de l'air et président et membre de la commission du développement durable, on ne s'y attendait pas. »

Un désintérêt des députés pour l'écologie ?

Malgré les protestations, Mathias Chaplain espère que le résultat final permettra d'éclairer le positionnement des députés sur l'environnement. « On voulait vraiment montrer à l'habitant d'une circonscription comment vote son député, faire ce lien, afin que le député arrête de se croire complètement à l'abri en votant un peu comme il veut, ou en s'absentant. » 

Car c'est bien l’absentéisme qui a le plus marqué Agir pour l'Environnement. « On est quand même sur de grandes lois qui concernent le quotidien des Français. Pourtant, en moyenne, sur les 17 scrutins que l'on a analysés, on arrive à un taux de présence de 85 députés sur 577, soit 14,7 % de taux de présence », regrette le coordinateur des campagnes de l'association. Une activité parfois faible chez certains députés suivis de près par un autre site internet à destination des citoyens, mais qui s'explique par de nombreux facteurs

Pour l'association, ce désintérêt est directement lié à la méconnaissance des enjeux écologiques chez les députés français. Lors de la Convention citoyenne pour le climat, des personnes complètement désintéressées de l'écologie ont proposé des lois perçues comme radicales après avoir été formées sur ces sujets, rappelle le représentant d'Agir pour l'Environnement. « Si les députés faisaient ce même travail dans le cadre de grandes lois sur l'écologie, en étant présents en commission, dans l'hémicycle au moment des débats, peut-être que cela permettrait de faire avancer des dossiers. », espère sans trop y croire le militant. Car le temps presse : le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité s'accélèrent en France, comme partout dans le monde.

À lire aussi : Ouganda : les députés français interpellés sur le projet géant de TotalÉnergies