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Au procès du 13-Novembre, les amoureux et les orphelins du terrorisme

Au procès des attentats du 13-Novembre, la parole était toujours aux avocats des parties civiles ce lundi pour le quatrième jour des plaidoiries coordonnées. Compte rendu d'audience.

De notre envoyé spécial au palais de justice de Paris,

« Mesdames, monsieur de la cour, Loulou. » L’irrévérence feinte avec laquelle Me Stéphane Maugendre s’adresse au président Jean-Louis Périès est une référence directe au surnom affectueux que lui donne Babou, une des victimes qu’il représente et qui livre chaque jour un compte rendu dessiné des audiences. « Ses planches sont des quotidiennes leçons de résistance », lance l’avocat qui a choisi de rendre hommage à la créativité des parties civiles. « Aucun acte de terrorisme, aucun jihad, ne peut effacer nos dessins, faire taire notre musique, brûler nos peintures et nos photos, écraser nos mots. Nos créations sont plus éternelles que tous les dieux réunis. »  

On retiendra aussi la plaidoirie de Me Frédérique Giffard et son hommage aux amoureux. « Il y avait plein d’amoureux ce soir du 13-Novembre. De vieux couples et de tous frais, des couples hétéros ou homosexuels, des mariages prévus, on attendait des enfants… Les terroristes le savaient parce qu’à Paris on ne se cache pas quand on est amoureux. » Des couples séparés par la mort ou ébranlés par l’attaque. « Soit ils étaient avec leurs partenaires, et ils se sont retrouvés avec beaucoup trop à partager. Soit ils n’y étaient pas et ils se sont retrouvés séparés par un gouffre, un mur. » Le deuil qui s’est aussi immiscé dans l’intime, un préjudice d’autant plus mal réparé qu’il est souvent tabou.  

69 orphelins du terrorisme

« Deux syllabes. Deux syllabes que 69 enfants ne prononceront plus », commence ensuite Me Helena Christidis. « Quarante-sept ne diront plus jamais papa, 20 ne diront plus jamais maman. Et deux ne diront plus jamais ni papa, ni maman. Sauf dans l’angoisse de la nuit quand ces mots si essentiels sont hurlés, vomis. » Soixante-neuf orphelins du terrorisme condamnés à grandir, amputés d’une partie de leur histoire, au côté d’un père ou d’une mère devenu un survivant.

Il y a aussi tous ces enfants dont les parents sont rentrés le soir du 13-Novembre, mais changés à jamais. Il y a ceux, aussi, qui étaient présents. Les avocats se relaient pour évoquer cet enfant de 10 ans qui a dû marcher sur des corps au Bataclan, qui aurait expérimenté les plaisirs d’un concert pour la première fois et qui, à la place, a appris que son père n’était pas invincible, qu’il pouvait avoir peur et pleurer. 

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Des enfants qui avaient quelques mois quand une balle a traversé la voiture où ils se trouvaient, ou qui étaient encore dans le ventre de leur mère et qui en gardent pourtant des traumatismes des années après. « Il court encore se cacher quand quelqu’un sonne à la porte. Il ne comprend pas cette peur parce qu’en réalité il ne se souvient pas de cette nuit de terreur », raconte une avocate. « Ce sont aussi tous enfants qui ne naîtront jamais », parce que certaines victimes ont renoncé à la parentalité. Certaines avaient raconté cet autre deuil à la barre.  

Victimes au-delà des frontières

« Être enfant victime du terrorisme, c’est aussi bien au-delà de nos frontières, poursuit Me Helena Christidis. Tous ces enfants dans les camps en Syrie, qui n’ont rien demandé à personne. » À plusieurs reprises durant ce procès des victimes ont plaidé pour que soient rapatriés les enfants de jihadistes que la France refuse toujours de secourir.  

Pour s’y opposer, certains avaient qualifié ces enfants de « bombes à retardement ». Une avocate rappelle qu’ils sont, comme tous les enfants du 13-Novembre, qu’ils soient nés avant ou après les attaques, des « victimes à retardement ». Ce sont aussi les enfants des accusés, rappelle Me Helena Christidis, citant leurs prénoms. « Oui messieurs », lance-t-elle en se tournant vers le box, « vos enfants n’ont pas demandé à vivre dans ce monde. » Avant de reprendre la formule de Mohamed Bakkali, l’un des accusés lorsqu’il avait justifié son silence sur les faits. « Vous avez raison, monsieur Bakkali : devant des enfants, on n’a pas droit au silence. »