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Au Moyen-Orient, des militants victimes de harcèlement en ligne

Depuis quelques semaines, une série d’attaques en ligne visent des militants de la société civile en Jordanie. Des groupes féministes, de défense des droits de l'homme et des personnes lesbiennes, bisexuelles, gays et transsexuelles. Des pratiques répandues dans d’autres pays du Moyen-Orient.

Le 17 juin 2023, le mouvement féministe jordanien a été contraint à un virulent démenti. L’organisation se retrouvait attaquée pour une prétendue campagne qu’elle aurait mené contre le hijab, le voile islamique. L’accusation avait trouvé de l’écho dans la société après avoir été relayée par une personnalité politique jordanienne influente : Dima Tahboub, une ancienne députée membre d'un parti affilié aux Frères Musulmans.

Dima Tahboub avait repris sur ses réseaux sociaux une publication d'un autre compte se présentant comme le mouvement féministe jordanien et faisant campagne contre le hijab. Le compte était un faux et il détournait une caricature publiée par un artiste dans un autre contexte : la mobilisation des femmes iraniennes contre le voile obligatoire. « L’ancienne députée connaît les comptes officiels du mouvement », s’est étonné l’organisation qui s’interrogeait aussi sur les motivations de l’ancienne élue : « nous n'excluons pas que cette page ait été créée par elle ou un de ses abonnés », écrivait-elle dans son démenti sur Instagram.

Droits LGBTQ+

Dans les jours qui ont suivi, d’autres personnalités de la société civile jordanienne ont été visées par des campagnes similaires. L'avocate spécialiste des droits de l'homme Hala Ahed, qui défend notamment la liberté d'opinion et d'expression, a également subit une attaque sur les réseaux sociaux, certains Internautes demandant même à ce qu'elle soit déchue de sa nationalité. En cause : sa défense des droits de l'homme et notamment des droits des personnes homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles. Un militant LGBTQ+ a, lui aussi, été visé, la projection d'un film traitant d'homosexualité interdite… Et des plateformes numériques ont dénoncé les applications de rencontre dédiées à la communauté LGBTQ+. Une mise en lumière inquiétante de ces outils dans la mesure où des homosexuels s’y font piéger par d’autres hommes qui les font ensuite chanter.

Ce type d’actes se retrouve dans d’autres pays de la région. Ainsi, en Égypte, les applications de rencontre peuvent se transformer en piège pour les personnes LGBTQ+. Des policiers créent de faux profils, donnent rendez-vous à une personne rencontrée via ce réseau puis l'arrêtent, prennent son téléphone et piègent alors ses contacts. Les autorités vont même jusqu'à appeler à la délation : « le bureau du procureur a publié une déclaration en 2020 pour encourager les gens à leur signaler directement tout cas d'immoralité dont ils sont témoins sur Internet. À travers un simple formulaire Google », pointe Nora Noralla, chercheuse spécialiste des questions des droits des personnes LGBTQ+ en Égypte et directrice de Cairo 52, un centre de recherche basé au Caire.

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« Cela pose des questions sur le plan constitutionnel, car le procureur est censé être un organe d'investigation indépendant, mais maintenant, il encourage les gens à en dénoncer d'autres », relève-t-elle. Mais chaque année, plus de 90 personnes sont ainsi arrêtées en Égypte, d’après un décompte établi par son organisation. Un chiffre globalement stable, hors vagues d'arrestation, comme ce fut le cas en 2017 après qu'une jeune femme a brandi le drapeau arc-en-ciel à un concert.

Ciblage

Officiellement, les procédures lancées ne portent pas sur l'orientation sexuelle. « Nous n'avons pas de loi qui mentionne spécifiquement l'homosexualité. Cela n'existe pas en Égypte. Ce que nous avons est une loi contre la prostitution et la débauche », indique Nora Noralla. Reste à savoir quelle est la définition de la débauche. « La loi la définit comme le fait de faire payer des relations sexuelles pour un homme. En somme, la débauche est l'équivalent de la prostitution. Ils utilisent prostitution pour les femmes et débauche pour les hommes. Donc la loi utilisée pour poursuivre les personnes de la communauté LGBTQ+ est une loi sur le travail du sexe », indique la chercheuse. Une loi aux contours flous, qui peut être interprétée assez librement par les officiers de police.

En février dernier, l'organisation Human Rights Watch a dénoncé ce ciblage des membres de la communauté LGBTQ+. L’organisation a mené une étude dans cinq pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord : outre la Jordanie et l'Égypte, la Tunisie, le Liban et l'Irak. Et elle a constaté des pratiques similaires partout. « Si les plateformes numériques ont permis aux personnes LGBT de s’exprimer et d’amplifier leur voix, elles sont aussi devenues des outils de répression étatique », estime Rasha Younes, chercheuse auprès du programme Droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) à Human Rights Watch.

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