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"On revient à l’essence même du théâtre": Emmanuelle Bercot et Charles Berling racontent une double pièce de Ingmar Bergman

Comment présenteriez-vous cette pièce qui mêle finalement deux œuvres de Bergman ?

Charles Berling: Ivo van Hove, le metteur en scène hollandais, aime beaucoup Bergman, comme nous. Il a pris “Après la répétition”, une œuvre d’abord faite pour la télévision, qu’il a écourtée puis il a choisi ce film magnifique de 1966 qui s’appelle “Persona”. L’idée est que les mêmes acteurs jouent des rôles différents. Les deux ne sont pas liés à la base même s’il y a des résonances entre les œuvres. Au fond, il a voulu faire un spectacle sur l’art.

Emmanuelle, vous aviez déjà joué du Bergman dans "Face à face". C’était une évidence d’y replonger?

Emmanuelle Bercot: L’évidence, c’était Ivo van Hove. Il aurait pu me proposer n’importe quoi! Même si j’étais assez exaltée que ce soit à nouveau Bergman, car c’est toujours une expérience très profonde où il faut s’engager entièrement. Ça fait appel à des choses qu’il faut aller chercher au fond de soi. On en découvre aussi au fur et à mesure. On ne s’ennuie jamais. Je me souviens qu’à chaque représentation de “Face à face”, je comprenais des choses que je n’avais pas perçues au préalable. C’est très exaltant pour les acteurs car le travail de recherche et de compréhension n’est jamais fini.
C. B. : On est très heureux d’être au début de l’exploitation de ce spectacle. On a joué quatre fois au Printemps des comédiens au mois de juin à Montpellier et chaque fois qu’on joue, on le redécouvre. C’est un monde immense, gigantesque, somptueux, qui parle profondément de l’être humain, de sa place dans le monde et l’univers.

Existe-t-il une part d’introspection pour vous, puisqu’on y parle d’actrices, de metteur en scène… vos métiers.

E. B.: Bergman parle des profondeurs de l’être humain comme le dit Charles. C’est souvent de la psychanalyse. C’est le cas dans “Persona”, où une femme se fait psychanalyser par une infirmière et finit par comprendre quel est le traumatisme qui l’empêche d’être elle-même. Dans la première pièce, je joue une vieille actrice en perte de vitesse qui a aussi beaucoup de problèmes psychologiques, d’alcoolisme… Elle veut rejouer un grand rôle. Ce n’est pas très difficile pour moi de me projeter (rires). Des gens qui ont vu le spectacle m’ont dit que cette partie sur le vieillissement des actrices était très forte. Ça raconte des choses très concrètes.

Sur cette pièce, vous incarnez deux rôles différents. C’est aussi une vraie gymnastique…

E. B.: Il y a beaucoup de résonance pour mes personnages. On pourrait penser que c’est l’actrice de la première pièce que l’on retrouve dans la deuxième, où elle est internée. Je fais un lien quasiment direct entre les deux personnages.
C. B.: J’ai un rôle beaucoup plus court dans la deuxième partie, je cherche encore le lien. Je sais qu’il y en a un. Pour l’instant, on n’a joué que quatre fois, mais je vais le trouver. Les rôles très courts prennent souvent plus de temps.
E. B.: Ce qu’il y a d’excitant pour le spectateur, c’est qu’il assiste à deux pièces radicalement différentes dans leur forme. La première est une pièce d’acteur et la deuxième plus dans la performance, avec un décor qui se déploie de façon époustouflante. Ce n’est pas la même atmosphère et pourtant il y a des ponts entre les deux.

C’est la première fois que vous travaillez ensemble. Comment cela se passe-t-il?

E. B.: Ça m’a très vite semblé assez évident et fluide. Nous sommes quatre dans la troupe et très vite les personnalités se sont accordées, avec une complicité immédiate et un bonheur de jouer ensemble. Nous avons de l’estime l’un pour l’autre.
C. B.: Emmanuelle est une actrice qui ne s’économise pas. Il y a un vrai équilibre dans la distribution.

Emmanuelle, on vous a plus souvent vue au cinéma qu’au théâtre. Que venez-vous chercher sur scène?

E. B.: Je place le théâtre au-dessus du cinéma dans l’expérience d’actrice. C’est sans commune mesure. Il y a quelque chose d’archaïque dans le théâtre. On monte sur scène, puis on n’a plus que soi-même, on est directement en lien avec des gens. Ce que je trouve jouissif, c’est qu’on est obligé d’être dans le moment présent, ce que je n’arrive pas à faire dans ma vie. La représentation est pour moi une expérience totalement unique. On est sans filet, j’adore ça. J’aime ne pas savoir où on va. On est obligé de jouer avec l’autre. S’il change quelque chose, on doit s’adapter. Devant la caméra, on refait, ce sont de petits tronçons. Là, c’est une expérience pendant 2h30. Ici, je joue deux actrices qui traversent des choses très fortes. Faire ce voyage pendant ce laps de temps… Je ne connais pas de sensation aussi forte.
C. B.: D’autant que dans la deuxième partie, elle ne dit pas un mot.
E.B.: C’était un vrai fantasme pour moi d’avoir un rôle muet. Je n’ai que mon corps pour m’exprimer. On revient à l’essence même du théâtre. C’est ce que j’aime aussi chez Charles, il est très physique. Au cinéma, on a souvent des acteurs qui ne savent pas vraiment quoi faire de leur corps. Là, on peut déployer son corps avec beaucoup de puissance.

Vous avez joué quatre fois en juin vous reprenez ce soir… comment s’y remet-on?

E. B.: Ce que je trouve le plus dur, c’est d’avoir joué quatre fois et au moment de déployer nos ailes paf ça s’est arrêté. Je suis un peu retombée au sol comme un vieux goéland. Maintenant, il faut réussir à repartir. Après, il y a toujours l’excitation de la première et de découvrir un nouveau public.

Savoir+


"Après la répétition/ Persona", de Ingmar Bergman, mis en scène par Ivo van Hove.
De ce jeudi 27 à samedi 30 septembre. À 20h30. Dimanche 1er octobre à 17 h. Théâtre Liberté.
Tarifs: de 15 à 30 euros.