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Longues auditions, hypothèses privilégiées, témoignages... On fait le point sur l'enquête, deux mois après de la disparition du petit Emile

Des scellés judiciaires ronds, de couleur rose, estampillés "RF", "République française", indiquant "Ne pas ouvrir", restent apposés sur la porte du chalet des grands-parents d’Émile ainsi que sur le portail en bois du cimetière. Seuls témoignages visuels qu’un petit garçon, Émile, deux ans et demi, a subitement disparu là au Vernet dans les Alpes-de-Haute-Provence, il y a deux mois.

Quelqu’un sait. Mais qui?

Depuis ce tragique samedi 8 juillet, 17h15, les investigations se poursuivent. Le mystère écrase ce hameau comme une chappe de plomb. Quelqu’un sait. Mais qui? Tous les jours, les 25 hommes et femmes de la cellule d’enquête nationale, créée le 11 juillet, soit trois jours après la disparition du petit garçon, est à l’œuvre, très discrète sur le terrain.

Les quelques patrouilles qui passent dans le village quotidiennement sont surtout là pour s’assurer que l’arrêt d’interdiction du hameau est bien respecté. La famille, elle, s’est murée dans la foi.

Dans la salle communale "Henri-Mollet", qui avait servi de poste de commandement durant les premiers jours, les chaises sont empilées et les tables soigneusement rangées. Le cœur de l’enquête s’est déplacé à Marseille, à la section de recherches de la gendarmerie.

Des auditions de près de trois heures

Les interrogatoires, eux, se déroulent essentiellement au sein de la brigade de gendarmerie de Seyne-les-Alpes, située à dix kilomètres du Haut-Vernet. Les habitants du hameau y défilent en fonction du planning dressé par les enquêteurs.

Selon un habitant du village qui a été entendu, les auditions "durent très longtemps. Pour moi près de trois heures. Ils cherchaient à savoir tout, mes habitudes, mes proches, mon mode de vie, si je connaissais Émile, sa famille. Ils ont posé des questions sur mon véhicule et ceux qui circulent".

La piste "agricole"...

Selon cet habitant du bas Vernet, les questions posées par les enquêteurs semblent dessiner deux hypothèses qui pourraient être les axes d’enquête principaux. La première: le petit percuté par un véhicule avec délit de fuite. Pourquoi pas un tracteur? La "piste agricole" est plausible. C’était l’époque des foins.

Cette thèse se heurte-t-elle à l’absence de traces de sang? "Selon l’impact, vous ne trouverez pas nécessairement de sang. Cela peut être une hémorragie interne sans épanchement extérieur sur la route. Une forte commotion cérébrale avec hémorragie interne ne laisse pas de traces", explique sur RTL, dans "l’Heure du crime", le général François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).

Et l'hypothèse de l'enlèvement, alors?

Deuxième hypothèse: la possibilité de l’enlèvement. Un proche du dossier estime cependant que cette dernière piste prend chaque jour un peu moins corps. Aucune rançon n’a été demandée et la chronologie des faits semble rendre la thèse d’un rapt très compliquée. Enfin, comme dans chaque affaire de ce type, la famille est aussi scrutée à la loupe.

Dans les premières heures de la disparition, le parquet de Digne, et son procureur Rémy Avon, avaient ouvert une enquête pour "recherche des causes d’une disparition inquiétante". Elle est désormais dans le giron du parquet d’Aix-en-Provence. "Nous ne pouvions mobiliser deux juges d’instruction sur le ressort de Digne", commente le procureur Avon, qui refuse désormais toute interview "pour que la justice parle d’une seule voix".

Menée par deux juges d’instruction, l’enquête a désormais basculé vers une qualification criminelle "d’enlèvement" et "séquestration".

Des témoignages contradictoires

Le parquet d’Aix avait jugé bon de préciser que ce changement d’orientation visait simplement à offrir "plus de souplesse" dans les investigations. Dans ce type d’affaire, la recherche de traces ADN, l’exploitation de la téléphonie et la mise sur écoute de personnes d’intérêt sont des armes importantes. Deux témoins disent par ailleurs avoir vu le petit juste avant sa disparition. Mais au fil des semaines leurs déclarations ont semblé se contredire, l’un ayant vu le petit monter, l’autre descendre.

Plusieurs pistes refermées

Pas d’avancée donc, mais rien ne pourrait être plus incorrect que de dire que l’enquête est au point mort. Fermer des portes dans un dossier criminel, c’est avancer. Exit la thèse d’un rapace ayant enlevé un petit. Impossible. Exit celle d’un homme poursuivi pour atteinte sexuelle sur mineur et qui s’était suicidé peu de temps après dans un village voisin. Les enquêteurs l’ont mis hors de cause. Son téléphone bornait loin du village. Exit cette dalle en béton fraîchement coulée. Elle a été cassée, fouillée, et ne renfermait pas le corps du petit.

L’enquête avance donc. Mais les enquêteurs espèrent désormais l’élément décisif qui fera basculer le dossier.

Avant Emile, d'autres disparitions dans la région

Émile est le troisième enfant qui disparaît mystérieusement dans les Alpes-de-Haute-Provence en 40 ans. Comme l’ont rappelé nos confrères de La Provence, le petit Yannis âgé de 3 ans, disparaissait mystérieusement à Ganagobie, le 2 mai 1989, au hameau de Belvédère. Un village de même structure que le Vernet.

Il compte 90 habitants et est situé à près de 60 km du lieu de disparition du petit Émile. La Provence a interrogé la maire de Ganagobie, Sylvie Belmonte, 67 ans. "Cela nous remémore beaucoup de choses. Il y a 34 ans, j’étais secrétaire de mairie et j’ai participé aux recherches pour essayer de retrouver le petit Yannis. (...) J’ai envoyé un petit message de soutien au maire du Vernet, François Balique", témoigne-t-elle.

"Ce jour-là, vers 10 heures, Yannis disparaît, mystérieusement, alors qu’il s’amuse avec trois de ses frères, alors âgés entre 5 et 9 ans, dans une petite cabane à quelques mètres de la maison familiale, entourée d’une vaste forêt", rappellent nos confrères. On y retrouve des similitudes avec l’affaire du petit Émile.

Seize mois après, des chaussures, une médaille en or, un slip, une doudoune sont retrouvés dans une zone boisée. Ils y ont été déposés après les fouilles. Qui l’a enlevé? Le mystère reste total. L’instruction a été clôturée en 2001.

Une autre disparition demeure inexpliquée, celle de Mathieu Haulbert, 10 ans, le 25 juin 1983 à Peyroules, près de Castellane. Il rejoignait un berger à vélo, depuis la ferme de ses parents. Il n’a jamais été retrouvé lui non plus.