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La chapelle des pénitents rouges retrouve de sa superbe à Saorge

"Quand on s’est présentés en 2014, nous avions organisé une réunion avec la population. On nous avait demandé ce que nous ferions en premier si nous étions élus. J’avais répondu : restaurer la chapelle des pénitents rouges. Au vu de son emplacement à l’entrée du village, c’est une sorte de carte de visite." Pour des questions administratives, c’est l’église qui bénéficiera finalement d’un bain de jouvence avant le reste du patrimoine saorgien.

La maire, Brigitte Bresc, n’en oublie pas son vœu pour autant. "En 2018, la Communauté de la Riviera française nous a signalé la possibilité de bénéficier de subventions. Et nous a aidés à monter le plan de financement. Entre-temps, il y a eu la tempête, le Covid, les élections… Les travaux ont finalement pu commencer fin 2022."

En 1950, catégorisée "sans intérêt"

L’élue souligne que tout était abîmé au sein de l’édifice. Un arbuste avait par ailleurs poussé dans le clocher. De quoi oublier - ou presque - le cachet d’un bâtiment construit en 1610.

Sur le site Internet de valorisation du patrimoine de la Vermenagna et de la Roya, on décrit la chapelle en ces termes: "Sa nef, qui est prolongée d’une petite sacristie, est courte - relativement à sa largeur - en raison de l’implantation de l’édifice perpendiculairement à une forte pente rocheuse."

On souligne également que la voûte à arêtes, en arcs brisés, est assez haute au regard de la taille de la chapelle. Ajoutant: "Les décors peints sous la voûte, de style néogothique à ciel étoilé et frises soulignant les arêtes, sont caractéristiques de la fin du XIXe siècle dans la région. Sa façade classique à deux niveaux et fronton triangulaire semble avoir été créée en XIXe siècle. Le clocheton à bulbe couvert de tuiles vernissées polychromes posées en écailles pourrait également avoir été rajouté à la fin du XIXe siècle."

Brigitte Bresc indique que le clocher a été reconstruit entre 1733 et 1734. Avant une restauration globale en 1883. Autre certitude: la chapelle a servi aux pénitents rouges, engagés dans des missions de charité et d’assistance matérielle aux plus défavorisés. "On imagine qu’ils géraient un mont granatique. Les pénitents étaient en quelque sorte le CCAS ou la Sécu d’aujourd’hui", glisse la maire. Indiquant que la chapelle est peu à peu tombée en désuétude.

En 1950, la commune l’avait même catégorisée sans intérêt, au point d’envisager la détruire. Une délibération prise à l’époque en atteste - même si ce funeste destin ne s’est jamais abattu. Mieux : l’édifice est inscrit aux monuments historiques en 1974.

"La chapelle a ensuite été utilisée comme entrepôt pour les employés communaux. Ils y mettaient le gasoil, les outils, les échelles, le matériel de plomberie… Mais l’architecte en chef des monuments historiques dit que c’est parce qu’elle était encore occupée qu’elle ne s’est pas davantage dégradée. Ils ont fait un faux plafond, devaient boucher le toit quand il y avait une fuite…" Reste que les peintures ont souffert.

Un coût de 600 000 euros

Aussi, les équipes engagées dans la restauration se sont-elles attachées à repeindre la voûte céleste, ainsi que les peintures extérieures et les motifs, remettre la cloche en place, refaire l’autel en faux marbre… Coût total de l’opération: environ 600.000 euros, en plusieurs tranches.

Grâce à une dérogation de la préfecture, la restauration a pu être financée à 100% par des subventions (réparties entre la Direction régionale des affaires culturelles, la Région, le Département, la Riviera française).

"Les travaux ont été menés en même pas un an. Dans mon discours, j’ai remercié l’entente entre les différents corps de métier. Tout le monde s’était mis un point d’honneur à finir pour les Journées du Patrimoine", souligne Brigitte Bresc. Ainsi, le dernier pochoir a-t-il été apposé à 18 h 02… juste à temps pour la cérémonie. Ne restera plus qu’à mener les derniers travaux d’aménagement, de manière à ce que l’ancien édifice religieux se transforme en grande salle d’exposition. Avec, à l’entrée, un point tourisme. Et, au fond, une petite Poste - offrant une vue stupéfiante sur la vallée.

La chapelle est dédiée au martyr romain Saint-Sébastien. Photo DR.

Saint-Sébastien regagne sa place, deux tableaux en restauration

À l’intérieur de la chapelle, un léger mystère planait. Sur un mur, on pouvait en effet voir les emplacements pour trois tableaux. Mais… pas de tableaux. "La restauratrice en peinture, Aurélie Nicolaus, s’est rendu compte que le tableau de Saint-Sébastien transpercé de flèches - accroché dans l’église - avait exactement les dimensions du tableau central. Un spécialiste, M. Thévenon, nous a confirmé que l’œuvre venait à l’origine de la chapelle. Et a glissé qu’on allait pouvoir la remettre. Alors deux jours avant la cérémonie, nous sommes allés la décrocher", relate Brigitte Bresc. Rappelant que la chapelle est effectivement dédiée à Saint-Sébastien, martyr romain du IIIe siècle.

D’après la croyance chrétienne, sa famille le destinait à la carrière militaire. Parvenu avec brio à se frayer un chemin dans les armes, Sébastien se voit confier une mission par l’empereur Dioclétien: traquer les chrétiens de Rome pour les mettre à mort. Mais l’homme se laisse convertir à l’écoute des faits héroïques de ces derniers. Dénoncé, il est condamné à mourir sous les flèches de ses compagnons d’armes. Tout le long du Moyen Âge, on considérera par ailleurs Saint-Sébastien comme protecteur contre la peste…

Restait à trouver une solution pour les deux autres emplacements vacants. "On avait des tableaux stockés dans la sacristie, dit la maire. Aurélie Nicolaus en a trouvé deux de bonne dimension. Elle les a protégés, puis les a emportés avec elle à Paris. Ses étudiants sont en train de les remettre en état. Elle a même constitué un petit groupe WhatsApp où elle nous envoie des photos de l’avancée."