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"Je jouais ma peau": après avoir été braqué à Cap 3000, un salarié attaque son entreprise pour faute inexcusable

Depuis le 25 août dernier, Philippe, 57 ans, n’est plus que l’ombre de lui-même.

Ce jour-là, il est victime d’un vol à main armée au centre commercial Cap 3000. Trois hommes jugés sur deux T-Max s’emparent des 25.000 euros qu’il transporte dans sa sacoche. Le vigile d’une société privée qui accompagne Philippe, directeur commercial de la société La Provençale, ne peut rien faire.

"Il a une arme", hurle l’agent de sécurité. Philippe est gazé, le sac lui est violemment arraché. Les trois hommes s’évaporent dans la nature avec l’argent. L’enquête est en cours.

Depuis, Philippe est en maladie. Il attaque son employeur, grossiste en fruits et légumes au Marché d’intérêt national, pour "faute inexcusable".

Le salarié travaille depuis 33 ans à La Provençale. Une vie de labeur qui l’a mené à la fonction de cadre. Il y a quelques années, après un passage à temps partiel, il lui a été demandé de transporter des fonds. De faire le caissier en quelque sorte, tout en gardant sur sa fiche de paye le statut de directeur commercial.

"Pour rendre service"

"Je l’ai fait pour rendre service car la caissière était parfois en maladie, en vacances." Mais, très vite, il mesure le danger. Les espèces circulent en nombre, et ses deux à trois déplacements par semaine vers les banques alentour sont connus de tous. La Provençale embauche un vigile privé chargé de le conduire.

Mais, il y a un an, en juin 2022, le cadre envoie une lettre recommandée à son employeur. Il y décrit sa peur de transporter des dizaines de milliers d’euros chaque semaine. "Lors de ces versements je suis accompagné d’une personne d’une société de sécurité qui peut témoigner de tous les incidents". Il évoque un climat "de plus en plus délétère" et dans une "totale insécurité".

"C’est simple, tout le monde était au courant de ces allées et venues d'argent liquide", a raconté Philippe aux enquêteurs. Il annonce même à son employeur, dans cette lettre, qu’il n’acceptera plus de convoyer des espèces. Durant un temps, il ne le fera plus. Mais les besoins de la société feront qu’il devra s'y remettre. Puis ce fut l’attaque du 25 août.

Me David Rebibou, avocat de Philippe, a saisi la Direction départementale de l’emploi du travail et des solidarités.

"J’ai mis en exergue la faute commise par l’employeur, soit un manquement à l’obligation de sécurité. L’employeur a commis une faute inexcusable au préjudice du salarié." L’avocat estime que l’entreprise aurait dû protéger Philippe après son alerte de juin 2022. Le salarié ne dort plus, rumine et consulte un psy régulièrement.

Contacté le patron de la société, Clément Dadian, réfute toute faute inexcusable. "Avec ce vigile, j’étais une des seules sociétés du Min à se protéger", affirme-t-il. Selon lui, son salarié était caissier, et plus directeur commercial. La feuille de paye du mois d’août de Philippe atteste pourtant du contraire.

Le traumatisme? "Je comprends qu'il peut avoir des réminiscences de l’attaque, mais ça, ça dépend des individus. Si tous les caissiers avaient ce sentiment, on ne s’en sortirait plus", argue-t-il. Depuis les faits, et alors que de son propre aveu plus aucun salarié ne voulait convoyer l’argent, La Provençale s'est attaché les services d'une véritable société de transports de fonds.