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"Il est rongé par la douleur de n’avoir pas réagi": reportage au Haut-Vernet, ce village traumatisé par la disparition d'Emile et des tragédies du passé

Le Haut-Vernet plonge doucement vers l’automne. Les volets des résidences secondaires se sont fermés progressivement.

Les feuillages jaunissent le long de la route boisée de deux kilomètres qui monte au hameau depuis le village.

Seuls cinq ou six chalets sont encore habités, dont celui d’un des deux témoins qui dit avoir vu Émile quelques instants avant sa disparition.

"Rongé par la douleur"

"Il est rongé par la douleur de n’avoir pas réagi. Mais il faut dire que les gamins, dans le hameau, ils vont et viennent en permanence dans un petit périmètre", confie une habitante du Vernet. L’homme habite là à l’année. L’autre témoin est un ado de 16 ans dont la maman travaille au Vernet.

La fontaine où les chiens pisteurs, des Saint-Hubert, ont tracé Émile pour la dernière fois, continue de couler paisiblement. Située à une cinquantaine de mètres du chalet des grands-parents, elle rafraîchit de temps à autre des randonneurs de passage.

Une équipe de France Télévisions y tournait des plans en début de semaine, juste avant le nouvel arrêté de fermeture, pris mardi dernier par le maire du Vernet, François Balique pour protéger les habitants des questions indiscrètes.

"Ce qu'il préférait, c'était sa cabane"

En face de la fontaine, des clapiers, appréciés des gamins du hameau, accueillent des lapins. Un lopin de terre - le "jardin de Roland" comme le surnomment les gens du coin - jouxte les lieux. Y poussent des patates, des poireaux, des salades.

Sa forme de triangle en fait un rond-point naturel, juste en contrebas de la petite route goudronnée qui mène au chalet des grands-parents maternels d’Émile.

"Le gamin adorait se promener dans ce périmètre. Mais ce qu’il préférait plus que tout, c’est aller à sa cabane", confie une habitante du Haut-Vernet.

La cabane d’Émile est composée de quelques branches taillées de manière rudimentaire, au cœur d’une petite forêt. Une structure approximative. Elle est située à quelques dizaines de mètres en montant, après le chalet des grands-parents.

Un petit chemin boisé y mène. Émile aimait y jouer avec ses oncles et tantes, guère plus âgés que lui. A-t-il voulu y aller?

"J’étais convaincu qu’on le retrouverait vivant"

François Balique, le maire, était obsédé par ce lieu quand la disparition a été signalée. "J’étais convaincu qu’on le retrouverait vivant, mais j’étais inquiet, il faisait froid la nuit. J’ai cherché jusqu’à une heure du matin, il faisait 7 ou 8°. J’avais peur qu’il se soit blessé en allant vers sa cabane. J’ai couru vers là-bas, j’ai fouillé la falaise, partout où j’ai pu. J’ai même demandé aux gendarmes d’y retourner.", témoigne-t-il

La combe avoisinante, effectivement très pentue, a été arpentée m² par m², plusieurs fois, par des militaires spécialisés. Elle a été survolée par des drones et des hélicoptères équipés de caméras thermiques. Le sol, foulé partout, porte encore la marque de ces intenses recherches. En vain.

Le mystère s’épaissit donc toujours un peu plus dans un village déjà traumatisé par le crash de la Germanwings le 24 mars 2015. Cette année-là, Andreas Lubitz, copilote d’un A320, qui connaissait les lieux pour y avoir fait du planeur à de nombreuses reprises, a volontairement écrasé son appareil sur le massif des Trois-Evêchés. Juste derrière le Haut-Vernet.

La vie se poursuit sans Émile

Ce samedi, une dernière fête se tiendra au Haut-Vernet, celle du "retour". Depuis trois ans, elle permet aux habitants de se retrouver après l’été. Elle est organisée par le Café du Moulin.

Des chasseurs, dont certains ont participé aux battues pour Émile y participeront. Dimanche, c’est l’ouverture de la chasse. La vie continue à la frontière entre la vallée de la Blanche et celle du Bès.

Seul Émile manque à l’appel.