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Edito. Le vêtement n'est pas qu'un simple bout de tissu

Au début de l’humanité, Adam et Ève étaient nus comme des baigneurs sur les plages du Cap d’Agde. Culottée, la femme croqua la pomme de la connaissance et fila faire
du shopping dans une boutique de prêt-à-porter.

À l’instar de la femme, l’homme apprécia, pendant longtemps, les habits raffinés et colorés. Il ramenait sa fraise, faisait dans la dentelle, exhibait son haut-de-chausse, pour peu qu’il en ait les moyens; les paysans étaient trop pauvres pour avoir accès à ces élégances. Jusqu’au jour où un tailleur dépressif inventa le costume gris anthracite. Ce n’est qu’avec l’apparition de la chemise hawaïenne que le dressing masculin reprendra des couleurs.

À la Révolution, l’homme devint un "sans-culottes". Il abandonna la culotte, qui s’arrêtait aux genoux, au profit du pantalon (le bermuda, longtemps réservé aux sportifs et aux plus jeunes, n’apparut que bien plus tard).

La femme filait du mauvais coton: en 1800, une ordonnance lui interdit le pantalon

À l’époque, la femme filait du mauvais coton. En 1800, une ordonnance lui interdit de revêtir le costume masculin. Mal en point sous Bonaparte, la condition féminine empire sous
Napoléon. La femme, déjà privée de pantalon, portera de moins en moins la culotte dans son ménage : le Code civil de 1804 grave dans le marbre la domination masculine sur la femme mariée.

Il faudra attendre les années 60 et 70, et beaucoup de luttes pour l’égalité des droits, pour que le pantalon prenne toute sa place dans la garde-robe féminine, et... 2013 pour que l’ordonnance de 1800 soit officiellement abrogée.

Les femmes (avec beaucoup d’hommes à leurs côtés) se sont longtemps battues pour se découvrir, contre les diktats du patriarcat et de l’Eglise. Aujourd’hui, quelques-unes d’entre elles sortent de plus en plus couvertes dans nos pays (paradoxe, en Iran, elles manifestent pour se dévoiler). Liberté individuelle, crise d’adolescence, sourde influence de l’islam ou acte de revendication d’une culture?

Il suffit de tirer la pelote de l’histoire pour constater que le vêtement n’est pas qu’un simple bout de tissu. Pression de la religion, prééminence masculine à travers des lois
discriminantes, inégalités sociales, identité culturelle, différences entre les sexes et les générations: l’habit, s’il ne fait pas le moine, selon le dicton, en dit en tout cas beaucoup sur l’état de la société.

Après le voile, l’abaya s’inscrit dans cette longue histoire. Ce cher et vieux pays, comme disait de Gaulle, qui s’est bâti pendant des générations sur l’intégration des vagues successives d’immigrés a-t-il perdu le fil?