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Des chercheurs niçois vont disséquer un fragment d’astéroïde

Osiris-Rex aura fait un long, très long voyage. Depuis son lancement en septembre 2017, cette sonde de la Nasa a parcouru plus de 6 milliards de kilomètres. Sans autre but que d’honorer son rendez-vous avec Bennu, un petit corps céleste tout droit sorti de la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter, qui file dangereusement vers la Terre (lire ci-dessous).

Depuis que l’idée de ce voyage a travers l’espace a germé dans la tête des scientifiques, en 2004, il aura fallu résoudre bien des équations pour le mener jusqu’à son terme. " Jusqu’à reparamétrer au dernier moment notre stratégie de navigation pour permettre à la sonde de se poser sur un sol plus riche en roches que nous l’envisagions", raconte Patrick Michel. Cet astrophysicien niçois, membre de l’équipe scientifique de la mission spatiale, confie "en avoir pleuré" lorsqu’il a vu, dimanche, le parachute rouge et blanc de la sonde s’ouvrir dans le ciel de l’Utah, aux États-Unis.

Car Osiris-Rex est enfin de retour. Du moins sa capsule qui pourrait bien renfermer le plus inestimable des trésors: des réponses sur l’origine de la vie sur Terre et peut-être même sur la formation de notre système solaire.

Un voyage de 6 milliards de km... Jusqu’à Nice

La capsule de la sonde spatiale Osiris-Rex s’est posée dimanche sur une base militaire américaine de l’Utah après un voyage de 6 milliards de kilomètres. Photo Nasa/Keegan Barber.

En se posant quelques secondes sur le sol de Bennu, "mou comme du beurre en raison du peu d’attractivité auquel est soumis l’astéroïde", elle en a profité pour lui arracher un peu de matière. Environ 250 grammes estiment les scientifiques, même si le cylindre contenant le précieux échantillon n’a toujours pas été ouvert. Pour cela il va falloir prendre mille précautions afin d’éviter tout risque de contamination.

Ce petit bout d’espace, collecté à 300 millions de kilomètres, se trouve pour l’heure dans une salle blanche du Johnson Space Center de Houston. Mais d’ici à quelques jours un fragment de l’échantillon sera acheminé jusqu’à Nice. "Nous avons l’honneur d’avoir été choisis pour participer aux analyses préliminaires", se réjouit Patrick Michel de l’Observatoire de la Côte d’Azur.

Remonter le temps jusqu’aux origines de la Terre

Patrick Michel, astrophysicien niçois, membre de l’équipe scientifique de la mission spatiale. (Photo Cyril Dodergny)

Notamment grâce aux compétences d’un cosmochimiste, le Pr Guy Libourel. "Un véritable magicien, souligne l’astrophysicien, capable à partir de quelques micrograins de matière de retracer toute l’histoire de cet astéroïde".

Grâce aussi à cet instrument de mesure, quasi unique, que possède le CRHEA, un laboratoire sophipolitain, et qui "utilise la cathodoluminescence pour réaliser des analyses minéralogiques originales".

En disséquant un fragment de Bennu d’à peine 100 milligrammes, ces chercheurs niçois espèrent retrouver les composants originels de notre planète et ainsi en retracer "l’histoire précoce": "On pense que la Terre à la fin de sa formation a subi beaucoup d’impacts d’objets de ce type", souligne Patrick Michel. Et que ce sont eux qui ont apporté les éléments organiques indispensables au développement de la vie.

L’astrophysicien niçois, rêve aussi de retrouver dans cet échantillon quelques "grains solaires", libérés par le soleil lors de sa formation... Et ainsi remonter dans le temps jusqu’aux origines de notre système solaire lui-même...

Tout ça à partir de quelques grains de matière céleste!

Patrick Michel, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur, est l’auteur d’un livre à paraître le 11 octobre prochain intitulé "A la rencontre des Astéroïdes" où il raconte de l’intérieur ces incroyables "aventures spatiales".

Risque d’impact dans 200 ans

L’astéroïde Bennu n’a pas été choisi au hasard. Si la Nasa l’a sélectionné parmi les milliards de corps qui gravitent dans l’espace, c’est avant tout en raison de ses propriétés. Ce « caillou » d’à peine 500 mètres de diamètre est trop petit pour avoir survécu à ses pérégrinations à travers l’espace depuis la formation de notre système solaire. Pourtant la matière qui le compose pourrait bel et bien remonter à ces temps lointains.

« On suppose en fait que Bennu est issu d’un corps parent, très primitif et plus gros, qui aurait été détruit et dont une partie se serait ensuite réagrégée sous la forme de cet astéroïde quelque part entre Mars et Jupiter dans la fameuse ceinture d’astéroïdes », explique l’astrophysicien Patrick Michel. « Or des indices révèlent que cet objet parent avait une forte activité hydrothermale. Autrement dit qu’il y avait de l’eau. » Bennu est en outre riche en carbone et donc en matière organique, ces briques élémentaires à l’origine de toute forme de vie. Des composants essentiels qu’un de ses jumeaux aurait pu introduire sur Terre il y a des millions d’années à l’occasion d’un impact.
Car notre planète est soumise à cet aléa. Un risque interstellaire que Bennu lui-même vient nous rappeler. L’étude de sa trajectoire a démontré qu’il existait « une probabilité très faible mais non nulle que cet astéroïde vienne heurter la terre dans environ 200 ans. » L’approcher, l’étudier, s’y poser c’est aussi un moyen de « se préparer à une éventuelle mission d’interception. »