Monaco
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A Monaco, cette championne de tennis de table a repris un tabac-presse de la Principauté

Au cœur de la galerie Princesse Stéphanie, nichée avenue des Papalins à Fontvieille, la réouverture du tabac-presse Au grain de papier a redonné un peu de vie au cadre austère des lieux.

Devant la vitrine sur laquelle figurent les montants gagnés aux jeux de hasard - du temps des anciens propriétaires - les clients feuillettent les journaux ou saisissent des articles de papeterie. Avant de pénétrer dans l’échoppe où Xiaoxin Yang, derrière son comptoir, les accueille avec une affabilité naturelle.

Elle et son mari, Qing Ji, ont relancé l’affaire le 7 août dernier, plus d’une année après sa fermeture, et y vendent paquets de cigarettes, magazines, souvenirs et boissons à emporter. "On distribuera la Française des Jeux dès la fin septembre", glisse-t-elle à une cliente.

En Principauté, cette Monégasque de 35 ans d’origine chinoise (*) est un visage familier. Et pour cause : en 2021, elle fut désignée porte-drapeau de la délégation monégasque aux Jeux Olympiques de Tokyo par le prince Albert II.

Car oui, avant d’être buraliste, Xiaoxin Yang est surtout, et avant tout, une sportive de (très) haut niveau dans sa discipline, le tennis de table. Depuis sa récente médaille d’argent aux Jeux européens, acquise en juin dernier en Pologne, la pongiste trône désormais au 11e rang mondial. Comment expliquer, alors, qu’elle jongle désormais entre les compétitions à l’autre bout du monde, les entraînements le matin au stade Louis-II et le bureau de tabac l’après-midi ?

Monaco-Matin est partie à sa rencontre.

"Au tabac-presse, je lâche prise"

"Mon mari tenait son propre tabac en Île-de-France et a toujours baigné dans ce milieu, débute-t-elle. Pendant le Covid, je n’avais nulle part où m’entraîner. A Monaco, ils ont accepté et j’ai donc déménagé en 2020, un an plus tôt que prévu. On a ensuite cherché un bureau de tabac ici et cette opportunité s’est offerte à nous. J’apprends avec mon mari, c’est un tout nouveau métier. "

« Beaucoup de sacrifices dans mon sport »

Xiaoxin Yang, qui a sacrifié sa jeunesse en Chine en tapant dix heures par jour dans la petite balle, a toujours donné sa vie pour ce sport. De fait, elle n’avait guère le temps de mener une activité professionnelle en parallèle.

Alors, forcément, tenir cette boutique tranche radicalement avec son quotidien d’athlète. "Dans mon sport, je me prépare seule, je suis dans ma bulle. C’est énormément de sacrifices et un combat de tous les jours. Quand on gagne tout va bien, quand on perd c’est une grande remise en cause. On ne peut pas imaginer le stress qu’il y a derrière, explique-t-elle. Au bureau de tabac, même si le résultat compte aussi, je lâche prise. Cela me change les idées, je peux parler aux gens, ils me racontent leur vie. Je ne pensais pas y prendre autant de plaisir."

« L’accueil y est familial »

Si les débuts en plein mois d’août ont été poussifs, le temps aussi de relancer la machine et que le bouche-à-oreille fasse son effet, Xiaoxin Yang assure que l’accueil des habitants et travailleurs de Fontvieille fut au-delà de ses espérances. « Ils nous font de la publicité, ça m’a beaucoup ému, sourit-elle.

Rien de plus normal pour Véronique, résidente du quartier, de passage ce matin-là.

"L’accueil est plus familial qu’à celui de Carrefour où il y a souvent la queue. Madame est jeune, accueillante et souriante. La personne qui tient fait souvent l’ambiance et c’est pour cela que les gens reviennent. C’est merveilleux de retrouver cette boutique. Bienvenue, lui lance-t-elle avant de s’enquérir. Et vous arrivez à vous entraîner quand même ?" Réponse de l’intéressée :"Je reviens tout juste d’une compétition au Kazakhstan, justement."

À l’Open d’Amalty, la pongiste monégasque n’a malheureusement pas brillé, éliminée au premier tour. "Je n’ai pas très bien joué, concède-t-elle. En ce moment, le temps de lancer le tabac-presse, je ne suis pas focalisée à 100 % sur mon sport. Il faut que je trouve le rythme. "

L’objectif majeur, bien sûr, demeure la qualification pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Une formalité. « Même si je perds lors des tournois qualificatifs, le classement mondial compte. En étant dans le Top 50, j’ai toutes mes chances. C’est impossible de perdre 39 places avec mon niveau. »

Continuer jusqu’en 2028

Xiaoxin Yang, prochainement engagée aux Opens de Chine puis de Francfort, ne compte pas se reconvertir tout de suite à 100 % dans le business. "Je vais continuer jusqu’aux Jeux Olympiques de 2028 à Los Angeles. Ce sport, c’est toute ma vie. Je ne peux pas abandonner du jour au lendemain. Continuer, c’est aussi une façon de remercier le prince Albert II et Mme Lambin-Berti [secrétaire générale du Comité olympique monégasque, N.D.L.R.] qui m’ont toujours soutenue."